lundi 6 avril 2009

Magnanime (adj.)


"Magnanime" est un de ces mots maudits qui me complexent terriblement parce qu'ils font partie du vocabulaire courant, et bien que leur sonorité m'évoque indubitablement quelque chose, je peine à leur donner l'ombre d'un sens.
Aussi, j'ai décidé de me faire plaisir avec cet article en m'apprenant la définition et l'utilisation de "magnanime". Que du bonheur. J'invite tous ceux qui se sentent un peu ignares comme moi à profiter de la leçon, pour tous les autres qui manient déjà avec aisance "magnanime", merci de nous laisser entre incultes.

Anes et ânesses de tous poils, bienvenue chez moi. Oubliez vos complexes culturels, ici il fait bon vivre et vous pouvez en toute quiétude reconnaître que vous ne savez pas situer Henri IV sur une chronologie ou Limoges sur une carte, on est en famille, vous pouvez même vous contenter d'hennir.
"Magnanime" : qui a de la grandeur d'âme et est enclin à la générosité, au pardon. Synonymes : bon, grand, noble, magnifique, vertueux, bienveillant.
D'office, on peut constater qu'il n'y a pas beaucoup de monde dans notre entourage qu'on peut qualifier de magnanime. J'ai bien un grand-oncle connu pour sa grandeur d'âme et sa générosité, mais il est paysan et au mieux on dit de lui qu'il est bon avec ses vaches.
Si la plupart du temps on préfère un synonyme à "magnanime", c'est sans doute parce qu'il manque à nos contemporains la magnificence que ce mot caractérise. Même à supposer que mon grand-oncle ne soit pas paysan, il est petit, rabougri, porte les bretelles et parle patois. Je crains que même coiffé d'une couronne et drapé d'une cape de velours, il continue d'être perçu comme un cul terreux.
Le seul à pouvoir vraisemblablement être qualifié de magnanime, c'est le chevalier. Etoffe, allure, honneur, pour peu que le chevalier soit bienveillant à l'égard des enfants malades ou des vieux invalides, le voilà magnanime. Notez d'ailleurs comme cette phrase sonne bien : "Le chevalier, magnanime, laissa en vie le petit lépreux et son grand-père mourant."
Nous avons vu la définition du mot, reste à savoir comment l'employer à bon escient. Rien de pire que de passer pour l'âne qu'on est. D'abord, évitez les lourdeurs du type "un magnat magnanime", on risque de croire que vous faites une blague, et elle n'est pas drôle. Evitons aussi de multiplier les adverbes : "Il est complètement magnanime" est techniquement correct, mais fait un peu plouc en soirée.
En fait, le meilleur moyen d'employer ce mot est de le faire par la négative : "Il n'est pas vraiment magnanime" supplée avantageusement "C'est un con" et donne une hauteur certaine au discours que l'on tient. Du politiquement correct de haut vol.


En somme, je viens de vous apprendre une nouvelle manière d'insulter.
J'espère que vous vous sentez plus instruit.

lundi 30 mars 2009

Silex (n.m.)



Chers lecteurs, chères lectrices, en l'honneur du mot "silex", je vais vous faire participer à une grande première mondiale, l'article télépatho-interactif. En effet, je vais illustrer cet article d'images que votre cerveau va recevoir par ondes télépathiques. Pour visualiser l'illustration, il vous suffira de laisser votre esprit associer une image à un mot que je vous donnerai entre crochets. Par exemple, fermez les yeux et tâchez d'associer une scène au mot [silex], justement.


Voilà, théoriquement vous devez avoir vu l'image d'un homme préhistorique accroupit vers la droite qui tape deux cailloux entre eux.
Je sais, c'est impressionnant la première fois.
Alors, pourquoi ai-je réservé la primeur du premier article télépatho-interactif au silex ? Eh bien parce que celui-ci symbolise le début de l'humanité, rien de moins. D'une part, cette pierre tranchante a permit à nos ancêtres préhistoriques de se fabriquer des armes de chasse. [silex] . Jusque-là, pour ramener de la viande fraîche à son foyer, le primate devait faire à mains nues ou éventuellement avec des branchettes pour effrayer l'animal avant de se jeter dessus, mais ce n'était pas dépourvu de risques. [mammouth] . D'autre part, cette même pierre lui permit de ne plus dépendre des aléas de la nature pour avoir du feu et de pouvoir en faire lui-même, où il voulait, quand il voulait. [silex] . Cette découverte agrémenta considérablement la vie bien rude de l'homme préhistorique, notamment lorsque la chasse était bonne ou que les enfants étaient bien dodus. [barbecue] .
C'est donc implicitement que le silex hissa le primate au statut d'homme, capable de fabriquer des outils et de maîtriser le feu, même s'il dût probablement s'y reprendre à plusieurs fois et sur plusieurs milliers d'années : allumer un feu ne signifiait pas forcément connaître les risques de propagation, et pour transmettre le savoir à leurs semblables, certains ne laissaient parfois que de maigres indices. [charbon] .
Vous me ferrez sans doute remarquer que ce qui fit le bonheur de nos ancêtres voici plusieurs centaines de milliers d'années n'est pas forcément ce qui fait notre bonheur à nous, et qu'aucune sorte d'homme actuellement ne trépignerait de joie en reproduisant les gestes ancestraux. [silex] . Cependant, bien que le supporter de football soit assurément plus évolué qu'un primate qui agite les bras et pousse des cris pour se mesurer au clan voisin, je ne serais pas étonné qu'en lui donnant un silex aux couleurs de son club, ça fasse un homme heureux. [porte-clefs] [décapsuleur] [projectile] . Vous me direz aussi que dans un passé pas si lointain, c'est à cause du silex qu'on a pu faire des armes à feu avec lesquelles se sont entretués quelques millions d'hommes sur les champs de bataille. [ragout] . Mais c'est un moindre mal, la préhistoire aurait laissé à Napoléon autre chose que le silex pour écraser ses ennemis, le carnage aurait pu être bien pire. [mammouth] .
Pour terminer sur une note plus poétique, je dirai que loin de faire notre malheur ou de nous laisser indifférent comme d'autres cailloux, le silex doit s'apprécier comme on apprécie un grand-père décédé : ça n'est plus très utile, mais on sait le bonheur qu'on lui doit. [ ] . (je vous laisse illustrer ça vous-même, je ne suis pas sûr que l'image de mon grand-père faisant un chèque vous touche beaucoup)

lundi 23 mars 2009

Jupe (n.f.)


Aaaah, la jupe, voilà une belle invention. Je précise à l'attention de mon ex-petite amie que je parle bien de la jupe, je visualise très bien ce qu'est une jupe, ça n'a rien à voir avec une robe, j'ai bien retenu la leçon, j'en ai encore les oreilles qui sifflent.
La difficulté avec ce mot ne va pas être d'évoquer tous les plaisirs liés à la jupe, sa manière de mettre en valeur la féminité d'un corps, d'épouser les formes douces d'une chute de rein tout en révélant les contours gracieux d'une paire de jambes, de suggérer le désir en invitant le regard à glisser sur une peau lisse et dénudée pour remonter jusqu'à des hanches à peine habillées, de laisser imaginer ce qu'une brise passagère pourrait découvrir en soulevant un plissé léger, d'appeler à caresser des courbes fermement enveloppées par un tissus ajusté, de me rappeler cette lycéenne qui faisait battre mon cœur avec sa petite jupe à pois posée sur ses fesses galbées, ce petit fessier rebondi tel une œuvre fraîchement achevée et couverte d'une toile fine dans l'attente d'être dévoilée, excitant ma curiosité et réveillant mes instincts les plus primaires, bon sang cette petite lycéenne, ça c'est sûr, la difficulté avec la définition de ce mot ne va pas être d'évoquer le plaisir mais d'éviter de passer pour un pervers. Mais j'aime la prise de risques. C'est grâce au risque que j'en suis où j'en suis.


En fait, j'aime modérément le risque.

Mais bon, peu importe : la jupe. La jupe est une fleur qui pousse essentiellement au printemps sur les trottoirs des villes. Comme d'autres variétés de fleurs à cette saison, la jupe est responsable d'allergies que l'on recense principalement chez les individus de sexe masculin et s'avère la cause de nombreux accidents. Elle provoque en effet une déconcentration chronique chez l'homme qui a passé l'hiver à ronger son frein, et qui, le printemps arrivé, se trouve dépassé par la floraison aussi soudaine qu'importante de jupes dans son champ de vision. L'homme est alors désorienté et n'a plus moyen de rester concentré sur sa route : les marcheurs se tapent dans les poteaux, les cyclistes se prennent les trottoirs et les automobilistes rentrent dans la voiture de devant. Faut-il dire pour autant qualifier la jupe de nuisance pour l'Homme ? Dieu m'en préserve, lui-même pourra confirmer que la jupe favorise l'amour pour son prochain et incite à procréer. Donc vive la jupe.

Dieu profite d'ailleurs de l'occasion pour rassurer tous ceux qui, au contact d'une lycéenne cour vêtue, se sentiraient un peu pervers : lui-même est bien pire.
Eh oui, vous croyez qu'ils viennent d'où ces petits coups de vent qui soulèvent les jupes ?