
"Magnanime" est un de ces mots maudits qui me complexent terriblement parce qu'ils font partie du vocabulaire courant, et bien que leur sonorité m'évoque indubitablement quelque chose, je peine à leur donner l'ombre d'un sens.
Aussi, j'ai décidé de me faire plaisir avec cet article en m'apprenant la définition et l'utilisation de "magnanime". Que du bonheur. J'invite tous ceux qui se sentent un peu ignares comme moi à profiter de la leçon, pour tous les autres qui manient déjà avec aisance "magnanime", merci de nous laisser entre incultes.
Anes et ânesses de tous poils, bienvenue chez moi. Oubliez vos complexes culturels, ici il fait bon vivre et vous pouvez en toute quiétude reconnaître que vous ne savez pas situer Henri IV sur une chronologie ou Limoges sur une carte, on est en famille, vous pouvez même vous contenter d'hennir.
"Magnanime" : qui a de la grandeur d'âme et est enclin à la générosité, au pardon. Synonymes : bon, grand, noble, magnifique, vertueux, bienveillant.
D'office, on peut constater qu'il n'y a pas beaucoup de monde dans notre entourage qu'on peut qualifier de magnanime. J'ai bien un grand-oncle connu pour sa grandeur d'âme et sa générosité, mais il est paysan et au mieux on dit de lui qu'il est bon avec ses vaches.
Si la plupart du temps on préfère un synonyme à "magnanime", c'est sans doute parce qu'il manque à nos contemporains la magnificence que ce mot caractérise. Même à supposer que mon grand-oncle ne soit pas paysan, il est petit, rabougri, porte les bretelles et parle patois. Je crains que même coiffé d'une couronne et drapé d'une cape de velours, il continue d'être perçu comme un cul terreux.
Le seul à pouvoir vraisemblablement être qualifié de magnanime, c'est le chevalier. Etoffe, allure, honneur, pour peu que le chevalier soit bienveillant à l'égard des enfants malades ou des vieux invalides, le voilà magnanime. Notez d'ailleurs comme cette phrase sonne bien : "Le chevalier, magnanime, laissa en vie le petit lépreux et son grand-père mourant."
Nous avons vu la définition du mot, reste à savoir comment l'employer à bon escient. Rien de pire que de passer pour l'âne qu'on est. D'abord, évitez les lourdeurs du type "un magnat magnanime", on risque de croire que vous faites une blague, et elle n'est pas drôle. Evitons aussi de multiplier les adverbes : "Il est complètement magnanime" est techniquement correct, mais fait un peu plouc en soirée.
En fait, le meilleur moyen d'employer ce mot est de le faire par la négative : "Il n'est pas vraiment magnanime" supplée avantageusement "C'est un con" et donne une hauteur certaine au discours que l'on tient. Du politiquement correct de haut vol.
En somme, je viens de vous apprendre une nouvelle manière d'insulter.
J'espère que vous vous sentez plus instruit.
J'espère que vous vous sentez plus instruit.

